J’ai rencontré Jibis, aka Sanjib, DJ, producteur et membre actif de Tapage Nocturne

Jibis -© Jibis

C’est un vendredi soir, veille de soirée RAW x Tapage Nocturne, que JB m’accueille dans son Airbnb parisien. On a échangé, pas mal, rigolé, beaucoup, mais il m’a surtout partagé son expérience. Rencontre.

« Je n’aime pas m’enfermer dans un style trop précis »

Oui parce que si tu ne le sais pas, Jibis c’est un peu un touche-à-tout, un hyper actif créatif. Si son premier nom de scène (qui fête ses 13 ans cette année), a effleuré pas mal de styles (en une décennie de musiques c’est normal), le Lyonnais a également un alias très orienté ambiant et deep techno, du joli nom de Sanjib. Mais ce serait trop facile, un troisième nom de scène, SJ, a vu le jour en 2016 avec la sortie d’un album, mais c’est un projet mis pour le moment entre parenthèses, par manque de temps. S’arrêter là serait trop beau, il a aussi un label, Jibis Records, sur lequel il sort pas mal de ses productions. Tu suis toujours ? Bien !

Jibis -© Jibis
Jibis -© Jibis

D’ailleurs, la pluralité dans les styles de musique, c’est un sujet à débat chez le résident de Tapage Nocturne : « Franchement, j’aime tout. J’aime la musique rythmée et pleine d’énergie qu’on entend en club, sur laquelle, on bouge, on danse, on s‘épuise. Mais j’aime aussi les moments où t’es en mode écoute, plus posé, plus personnel, en solo. Même la house qui a de super vibes me fait kiffer, mais je n’ai pas le temps de m’y consacrer. D’ailleurs j’aime tellement tout que j’ai du mal à me canaliser sur un seul style ! (rires) ». D’où les différents alias, donc.

Il ne manque pas d’ajouter que « ce qui est drôle, c’est que c’est pas du tout accepté de se mélanger dans les styles. La plupart des artistes qui marchent ont une seule patte précise. Pour moi produire des choses différentes c’est pas du tout un frein ! Il y a 20 ans c’était plus accepté de se mélanger, genre Aphex Twin ou Garnier produisaient des choses assez différentes, aujourd’hui ça l’est beaucoup moins ».

Tel père, tel fils ?

Mais alors cette passion pour les musiques électroniques, elle vient d’où ? Nul besoin de creuser, c’est tout naturellement que Jibis nous parle de son enfance à fouler le sol des clubs, jusqu’à ses 8 ans. D’un club plus justement, celui de son père, et uniquement l’après-midi (à 8 ans, faut pas déconner quand même). « Mon père a eu un club pendant 18 ans. Une boîte de campagne, en Bourgogne. Il a ouvert un bar dans le village, ça fonctionnait tellement, c’était tellement blindé, qu’avec deux copains maçons, il ont monté une boîte de nuit d’une capacité de 500 personnes dans le champ de mon grand-père ».

Le club a fermé, le DJ en devenir avait 8 ans. Mais il se remémore de nombreux souvenirs : « Je voyais mon père préparer les soirées, on recevait des vinyles à la boîte (bah ouais, les promos se faisaient par la poste et non par mail, logique), c’était sympa ! Moi j’étais trop jeune pour y aller, mais on m’a dit que c’était un endroit assez avant-gardiste, avec des supers lumières ».

Jibis -© Jibis
Jibis -© Jibis

C’est alors naïvement que je lui dis qu’on a souvent les mêmes goûts musicaux que nos parents. Ce sur quoi l’artiste répond du tac-o-tac : « AH NON ! Moi mon père avait des goûts de chiottes ! (rires) Il les a toujours. Faut remettre dans son contexte, il est né en 1951 quand même, quand il a vendu la boîte il avait déjà 49 ans, donc c’est normal. Il a baigné dans les années 60, et c’était à la campagne hein ».

Un style qui s’affirme avec le temps

« Je n’ai pas forcément commencé la musique pour les bonnes raisons ». Hé non, à 16 ans, JB prend le nom de Jibis surtout pour plaire. Il apprend à mixer sur vinyles avec le DJ résident d’un club de province. Puis petit à petit, il prend les platines. « J’ai commencé à mixer sur de la daube » s’amuse-t-il. « A l’époque, ce que je jouais beaucoup c’était d’électro-rock (Ed Banger, Justice) et de la minimale qui explosait en parallèle avec Popof et Paul Ritch. J’ai aussi mixé sur des trucs beaucoup plus généraliste et fait une soirée hip-hop ».

En 2010, il s’oriente vers la House et mixe à l’Ambassade. Cela coïncide avec son arrivée à Lyon. En 2012, Tapage Nocturne c’est le projet fou de 3 amis lyonnais de Jibis, il participe à sa création plutôt comme consultant. Il rejoint l’équipe plus tard comme membre actif et DJ résident. En me racontant son histoire, il précise « Je trouve que la musique c’est quelque chose qui évolue en fonction de comment on se connait soi-même ». Aujourd’hui, il mixe entre techno et ambient avec brio. Mais pourquoi l’ambient ? « Car je me suis rendu compte que c’est ce que j’écoutais le plus, alors j’ai voulu m’y mettre. J’aime les émotions, les nappes… », ainsi le projet Sanjib s’affirme jour après jour, et trouve son identité très deep, très prononcée.

Un costume, une danseuse, une BO

Le rapport ? Jibis bien sûr. Car s’il se consacre depuis 2 ans à 100% à sa musique, il est constamment en ébullition ! Alors des projets, pour en avoir, il en a ! Déjà, le souhait de cet utopiste serait de proposer à son public quelque chose qui va au-delà de la musique. « J’aimerais créer mon propre style, mais que ça englobe tout un univers. Que mon public pénètre non seulement musicalement, mais aussi visuellement »

Je lui réponds tout naturellement « Il faut que tu te trouves un costume de scène alors ! », ce sur quoi il rétorque : « Mais j’en ai un en fait ! Un costume de sorcier, avec des peaux de bête et tout, mais bon je n’ai pas encore pu le faire, puis le poids c’est lourd et ça pue, j’ai acheté ça en brocante, c’est pas lavé. Mais j’ai pas encore fait de soirées comme ça, j’ai envie de le faire sur de belles scènes et qu’il y ait un vrai show, alors je prends mon temps. Je n’ai pas envie que ça fasse pschiiiiit, mais que ça donne. Le projet est né il y a 6 ans, c’est tout une réflexion. L’idée c’est de faire un album, puis une tournée hybride qui mélange DJ set/live, un mélange platines/machines. J’avais fait une première version de l’album en 2012, je l’ai repris l’été dernier, mais c’est encore en stand-by ». Affaire à suivre, donc.

Et la danseuse dans tout ça ? La danseuse c’est Roxane, une amie de Jean-Baptiste. Ils ont décidé de mélanger leurs passions communes, leurs deux univers, dans un seul et même projet. Et ça donne quelque chose qui en jette : un super clip dans un atelier d’artiste avec en fond sonore un track signé Jibis ! Affaire à suivre, aussi !

Roxane - © Jibis
Roxane – © Jibis

Enfin, last but not least, Jibis se lance dans la composition de la BO d’un documentaire. Et non des moindres, le docu sur toi, sur lui, sur nous, signé Tapage Nocturne en personne ! Hé oui, Marianne Danse, c’est le beau projet du collectif lyonnais qui vise à mettre en lumière tous les acteurs de la scène des musiques électroniques, du régisseur en danseur en passant par le promoteur et l’artiste ! Une campagne de crowdfounding est lancée depuis lundi, afin que le projet soit entièrement auto-financé et libre. Et du coup, c’est notre producteur lyonnais qui s’occupe de toute la bande son. Un travail qui s’annonce monstrueux mais dont on a hâte de voir le résultat !

« Et tes prochaines dates et sorties ? »

Je clôture l’entretien dans l’espoir de le voir bientôt se produire sur scène. « Entre avril et mai je serais à Grenoble, à Saint-Etienne et à Lyon ».

Et côté productions ? Pour Jibis, il y a un EP qui devrait arriver. Et côté Sanjib, il y a pas mal de sorties en cours, dont une sur le label coréen du Sud, Oslated, en mai. On a hâte de voir le résultat.

Mais en attendant, il nous a fait un super podcast d’une heure que tu peux écouter dès à présent !

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